Travail, du mot latin « labor », labeur que beaucoup d’humains associent à souffrance, au mal nécessaire pour survivre.

Mon père me rappelait souvent cette croyance de nos ancêtres : « le travail est la punition du Seigneur pour tous nos péchés ». Je fus élevé dans cette dichotomie; d’une part le travail est pénible, d’autre part il est une valeur vénérée : bourreau de travail, bon travailleur, bien travaillé, il a du cœur au ventre.

Ironie du sort, mon travail consiste à observer et à analyser le travail des autres afin d’améliorer les méthodes pour mieux réaliser le fruit de leur travail.

Je suis toujours fasciné par tout ce savoir si diversifié à l’œuvre sur notre planète. On dit qu’il n’y a pas de sots métiers, je suis d’accord et je dirais que les ouvriers les moins rémunérés méritent le plus grand respect. D’abord, parce que très souvent, dans notre monde occidental, ces emplois ne requièrent pas de compétences particulières et on exige de ces travailleurs, assiduités, cadence élevée, qualité d’exécution et répétition, jour après jour. J’admire ces gens qui ont le courage de se lever tôt pour apporter leur contribution dans le futur de l’humanité.

J’ai appris au cours de mes années de consultation que pour qu’une personne soit motivée par son travail, il est nécessaire que celui-ci lui procure un sens sinon le travail devient un boulot, ce mal nécessaire dont on a hâte d’en finir.

Mes multiples lectures sur le bonheur m’ont confirmé qu’on ne peut y accéder lorsqu’on ne cherche qu’à combler ses propres désirs. En vérité, notre bonheur dépend de celui que nous procurons aux autres.

Et voilà le sens trouvé ou le non-sens de son travail. Donc, dépendamment de notre perception, le travail peut être source de bonheur ou, au contraire, de souffrances et de mal-être; états qui n’ont rien à voir avec le travail lui-même.

Pour illustrer ce précepte, voici deux exemples de travail similaire réalisé par deux personnes différentes.

D’abord François, début vingtaine, sans diplôme secondaire, s’est fait engager pour faire le ménage de l’usine après les heures de production. Il n’a presque aucun contact avec les autres employés. Il a pris ce boulot, car il ne trouvait rien d’autre. Sa soirée s’annonce longue et pénible, il doit passer le balai partout, vider les poubelles, nettoyer la salle de bain et la cantine. La seule raison pour laquelle il fait ce travail, c’est qu’il a besoin d’argent pour vivre. Résultats : les poubelles sont à moitié vidées, il y a des tas de poussière dans les coins et les sanitaires laissent à désirer. Le boss lui reproche souvent son manque de soin qu’il rejette au fait que la tâche est trop lourde pour une seule personne même si dans les faits, il s’est traîné les pieds, a étiré ses pauses, a répondu aux textos de ses amis et est allé fumer de nombreuses cigarettes.

François est malheureux, il ne cherche qu’une chose : un emploi mieux rémunéré avec un meilleur horaire. Dès qu’il en aura l’occasion, il partira. Tant que François ne cherchera un travail que pour satisfaire ses désirs personnels, il est à parier que sa vie sera une succession de déceptions et de souffrances.

Eiger est immigrant du Cameroun, il travaille au salaire minimum pour une entreprise alimentaire. Tout comme François, son travail consiste à nettoyer l’usine après les heures de production. Sa tâche est exigeante et doit respecter une procédure d’opération très stricte pour satisfaire les normes sanitaires des milieux alimentaires. Son travail est inspecté quotidiennement et les non-conformités lui sont mentionnées.

Eiger est heureux dans son travail, car il connaît son importance. Il contribue à nourrir sans danger beaucoup de personnes. Lorsqu’il voit des opportunités pour améliorer la façon de faire, il les propose à son patron qui, très souvent, met en œuvre ses idées.

Malgré les efforts physiques, le travail d’Eiger lui apporte une grande satisfaction, car il lui permet de se réaliser et de contribuer au bien-être de la société.

Le terme travail lui-même a plusieurs sens. Le plus commun est celui de l’activité réalisée afin de recevoir une rémunération; je dois travailler pour vivre. Vient ensuite la notion d’exécuter une tâche afin d’entretenir ou d’embellir son environnement de vie; ma mère n’avait pas de travail, elle était femme à la maison, mais elle travaillait tout le temps, même quand mon père se reposait de sa dure journée de labeur.

Le travail est aussi la somme des actions effectuées ayant pour but de bâtir son futur. Tu dois travailler pour réussir à l’école ou pour devenir bon dans quelques activités que ce soit.

Mais peu importe le sens qu’on lui prête, le terme travail est toujours associé à effort et souvent à douleur physique ou à souffrance psychologique.

L’effort et la douleur ne s’opposent pas au bonheur, au contraire, ils l’apportent lorsque justifiés par un sens valable. Sans ce sens, ils causent souffrance psychologique.

Ma mère qui s’occupait des tâches ménagères de façon exemplaire, des repas, des devoirs des enfants, de l’administration de la famille, etc. elle qui n’arrêtait pas du matin au soir, et ce sept jours par semaine, était une femme heureuse, car son travail consistait à rendre l’environnement familial harmonieux. Quant à mon père, comptable de profession, gestionnaire au gouvernement fédéral, malgré un travail enviable, il laissait transpirer quotidiennement les souffrances de son travail, car les exigences de son patron, mégalomane et dictateur, ne faisaient aucun sens.

Pour moi, travail est source de joie. Un certain matin où je disais au revoir à ma fille de 10 ans, elle me demanda :
« – Vas-tu travailler aujourd’hui, Papa ?
- Papa ne comprend pas ta question, qu’est-ce que tu veux dire Ève ?
-Vas-tu au bureau aujourd’hui?
-Ah ! C’est ça que tu veux savoir. Car tu sais, Papa ne travaille jamais, mais Papa travaille tout le temps. »

Le travail est un privilège, car il nous permet de nous développer, de procurer un toit et de la nourriture à notre famille et de participer à l’amélioration du sort de nos collègues de travail et de la société en général.

J’oserais même élever le statut du travail au niveau de la spiritualité. Mes nombreux voyages m’ont fait apprécier les œuvres que nous ont laissées les hommes de sociétés du passé : Machu-Pichu, Pompéi, Éphèse, Rome, Paris, Égypte, des cathédrales, des temples bouddhistes, des monastères, etc.
Ces constructions de l’homme qui datent de plusieurs centaines d’années, voire de quelques millénaires, sont le fruit d’hommes qui par la pierre taillée à la sueur de leur cœur, ont gravé à jamais la mémoire de leur passage. Si on devait juger de mon travail dans quelques centaines d’années, que désirerais-je qu’on retienne ?

Pour les communautés monastiques, le travail aux champs, la retranscription des textes saints, l’enseignement, le raclage des jardins de pierre, le labeur en général sont des activités spirituelles, car elle contribue à bâtir le divin.

Si plus d’humains s’efforçaient à bâtir un monde meilleur pour leurs prochains, le travail leur serait source de bonheur et leur monde serait meilleur.

Chercher à éviter efforts et douleurs afin de ne pas souffrir, c’est faire fausse route.
Ne dit-on pas : « La meilleure façon de tuer un homme c’est de le payer à ne rien faire ».

Marc Chartrand
Italie
26 mai 2012

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